SophiedeCondorcet

DU NOUVEAU SUR CONDORCET...

  • Nicolas Rieucau Responsable de l'Inventaire Condorcet (www.inventaire-condorcet.com) nous communique, s'appuyant sur  :
  • La Correspondance de Condorcet.
  • Documents inédits, nouveaux éclairages.
  • Engagements politiques 1775-1792

Textes réunis et présentés par Nicolas Rieucau, avec la collaboration d'Annie Chassagne et Christian Gilain. Analyse matérielle: Claire Bustarret. ISBN 978-2-84559-103-5, 2014, 265 x 180 mm, 240 pages, 31 illustrations, broché.

Présentation : S'appuyant sur plus de 150 documents inédits, les études sur la correspondance de Condorcet présentées dans ce recueil éclairent sa pensée et son action dans des domaines aussi variés que la navigation intérieure au milieu des années 1770, l'édition dite «de Kehl» des œuvres de Voltaire de 1779 à 1789, l'uniformisation des poids et mesures ou les constitutions françaises et américaines dans les dernières années de l'Ancien Régime et sous la Révolution.

­Par-delà leur diversité, ces sujets considérés par Condorcet se trouvent tous étroitement liés aux combats politiques de son temps. Les études ici réunies s'inscrivent dans le cadre plus général du projet d'Inventaire analytique et matériel de la correspondance de Condorcet auquel travaille actuellement une équipe pluridisciplinaire et internationale.

En ouverture de cet ouvrage sont présentés les enjeux de ce projet et ses problèmes spécifiques (dispersion des fonds, identification des correspondants, datation des lettres), ainsi que les méthodes mises en œuvre afin de les résoudre, parmi lesquelles figure l'analyse matérielle approfondie des supports d'écriture.

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29 novembre 2006

Messire Jean DYEL

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Messire Jean DYEL Chevalier Seigneur des Hameaux, Comte d'Aussay, Chatelain de Beaunay, Miromenil et de Vilette, Seigneur des paroisses de Tourville, Beaumetz, St. Aubin et Hugleville sur Sye, de Sagy et Condécourt et d'autres nombreux fiefs et seigneuries, Conseiller d'état ordinaire aux Conseils du Roy, et premier président en la Cour des Aydes de Normandie, ambassadeur du roi pour la République de Venise en 1668 fit construire sur une ancienne place forte, le magnifique château de Villette près Condécourt où devait naître le 8 avril 1764 un joli "bouton de rose" que l'on prénomma Marie Louise Sophie,  fille du Marquis Jacques de Grouchy et de la sublime Henriette de Fréteau de Saint-Just.

La dernière épistolière des Lumières venait de voir le jour.

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30 novembre 2006

Qui était la belle Marquise ?

SOPHIE DE GROUCHY

Marquise de Condorcet

« La dame de cœur »

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Auto-portrait de Sophie

ASPECT LITTÉRAIRE et PHILOSOPHIQUE

Sophie de GROUCHY naît dans un milieu où littérature et philosophie se côtoient chaque jour.

Elle baigne durant toute son enfance dans une atmosphère Voltairienne mais se berce des écrits de Marc AURELE et prône déjà que le bonheur est l’apanage de toute la vie. Sa mère très érudite, fille de FRETEAU de SAINT JUST lui enseigne la tolérance, la bienfaisance, et lui suggère, dans une époque où seuls les garçons ont droit à l’éducation, de suivre les cours donnés par les Précepteurs de ses deux frères.

C’est ainsi que Sophie se parfait une éducation en toute chose et plus particulièrement apprendra l’anglais, un peu d’allemand et quelques bribes de latin, autant d’atouts qu’elle mettra largement à profit.

Très tôt, son oncle Charles DUPATY Juriste de renom, reconnaît en elle qu’elle a infiniment de raison et d’esprit « j’ai vu des choses écrites par elle, avec confiance et liberté, que Madame de Sévigné n’eut pas désapprouvées » ! écrit-il à son épouse lors d’un séjour à VILLETTE où il a remarqué les dons innés de la jeune fille qui n’a alors que 14 ans.

Quelques années plus tard, alors qu’elle fait un séjour obligatoire pour toucher sa prébende de jeune noble chez les Chanoinesses de NEUVILLE les Dames, il la trouve encore plus remarquable dans ses écrits et ses lectures qui tournent pourtant de manière obsessionnelle vers les écrits de ROUSSEAU et DIDEROT… « j’ai trouvé ta nièce plus intéressante que jamais, il n’y a rien à ajouter à sa raison que, peut être, d’en retrancher quelque chose car, elle s’occupe trop, c’est toujours la solitude, la retraite, les livres, toutes les connaissances….. »

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LA NEUVILLE LE CHAPITRE ET LE BOURG

Cependant que les lectures de Sophie de GROUCHY tournent effectivement vers d’autres philosophes qui prônent la liberté de l’esprit, la poésie et l’esprit philosophique dont s’enrichit l’esprit la jeune chanoinesse.

De ce fait, elle renie à l’aube de ses 20 ans la religion et ses préceptes et revient complètement mécréante de son séjour.. dans un couvent ! Un comble pour ses proches et sa mère qui,  tout en ne dédaignant pas les pensées Voltairiennes, se fait un devoir d’être croyante. Les épigrammes et Odes de ROUSSEAU ont définitivement tourné l’esprit de sa fille.

Sophie qui a accepté entre temps, une union avec Nicolas de CARITAT Marquis de CONDORCET, nous sommes en 1786, va désormais évoluer dans le cénacle de l’Europe éclairée et fréquenter les plus grands noms de la littérature philosophique de cette fin du siècle des Lumières.

L’abbé MORELLET dira d’ailleurs d’elle : « qu’elle était une des plus belles femmes de son temps mais aussi une des plus instruites et des plus intelligentes… » et c’est vrai qu’elle ravit son entourage de son érudition et de son sens inné de la répartie !

Elle va évoluer dans ce monde nouveau pré-révolutionnaire en fréquentant  tous les beaux esprits, intellectuels, réformateurs politiques et sociaux, milieu dans lequel renaissait d’ailleurs l’esprit du grand Voltaire et la science des Encyclopédistes dont son époux fut une des chevilles ouvrières.

Dans leur Salon, elle se passionne pour les écrits d’Adam SMITH l’auteur de la THEORIE DES SENTIMENTS MORAUX qu’il a écrit à l’âge de 36 ans. Cet ouvrage particulièrement ardu fascine pourtant notre jeune mariée – il a déjà été traduit de l’anglais mais elle y remarque quelques non-sens et se targue de retraduire l’ouvrage tout en y ajoutant sa propre réflexion philosophique – traduction qu’elle ne cessera de remanier et à laquelle elle ajoute ses fameuses « LETTRES SUR LA SYMPATHIE » qui sont son œuvre maîtresse. Elle y aborde la pensée du siècle des Lumières et un demi-siècle après le Discours sur le bonheur de Madame du Châtelet renouvelle le genre …

Sophie et son époux vont côtoyer CHAMFORT, BEAUMARCHAIS, CHENIER, MORELLET, VOLNEY, GRIMM, ALFIERI, et BECCARIA ainsi que THOMAS PAINE tant de grands noms – le dernier en date ce fameux PAINE auteur d’un pamphlet intitulé « LE SENS COMMUN » a déclenché dans l’esprit du public une sorte de faveur en vue de l’indépendance des colonies américaines – ce qui n’est d’ailleurs pas du goût de tout le monde – CONDORCET réclamera lui tout bonnement l’abolition pure et simple de l’esclavage et crée avec ses amis Girondins BRISSOT, CLAVERIE, MIRABEAU, et bien d’autres, la société « des AMIS DES NOIRS » .

Ils prôneront également le droit des femmes et CONDORCET incitera même à leur octroyer le droit de vote… Il faudra pourtant attendre 140 ans avant que ce vœu pieux ne se réalise…

Ce goût pour la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, va cependant leur mettre à dos la plupart de leurs anciennes connaissances de l’ancien Régime et l’on entre tout doucement dans le monde terrifiant de la Révolution française.

EPOQUE REVOLUTIONNAIRE

A L’aube de l’année 1790 les CONDORCET quitte l’Hôtel des Monnaies dont le Marquis était Inspecteur et s’installe 505 rue de Lille à PARIS (rue Bourbon à l’époque encore).

La presse va se déchaîner sur eux. Car si elle, s’est emballée par le cœur pour cette rébellion lui, transgresse par ses audaces la très perplexe modération des Lumières (Guy Chaussinand-Nogaret HISTORIA) mais Sophie reste sa meilleure confidence,  son amie et si au début de leur mariage elle n’a qu’un regard lointain sur les choses de l’amour avec ce vieux mari (il a 20 ans de plus qu’elle), elle tombe enfin amoureuse de cet homme droit, intègre et s’enthousiasme avec lui de cette République toute neuve qui leur tend les bras.

Une petite fille viendra concrétiser cette union : Louise Alexandrine dite Liza qui naît en 1790.

Sophie traduit de l’anglais : « L’APPEL EN FAVEUR DE LA REPUBLIQUE » de son ami Thomas Paine, mais dans le même temps, le journal de la Ville publie une caricature de la belle Marquise nue, courtisée par le Marquis de la FAYETTE (qui fut son premier amour) avec une légende qui ne laisse aucun doute de ce que l’on pense d’elle – bien à tort toutefois car elle est d’une fidélité exemplaire envers CONDORCET et le restera jusqu’au dernier souffle du philosophe.

Le 16.7.1791 elle publie encore « LETTRES D’UN JEUNE MECANICIEN AUX AUTEURS DU REPUBLICAIN » où elle compare ni plus ni moins le roi à un automate.

De même elle traduit « VINDICAE GALLICAE » de Mackintosh qui deviendra sous sa plume acerbe « L’APOLOGIE DE LA REVOLUTION FRANÇAISE »

Sophie et ses amis ainsi que CONDORCET ont créé ce journal  « LE REPUBLICAIN » et y sont acharnés à y traduire leur pensée. Un petit Club républicain en quelque sorte opposée au rétablissement de Louis XVI sur le trône mais qui ne veut pas sa mort. Sophie est véritablement la cheville ouvrière de ce journal et avec l’imprimeur Nicolas de BONNEVILLE, elle ne cesse de publier des pamphlets que son ami Etienne DUMONT approuve de toute son âme.

On se réunit également chez la veuve du grand HELVÉTIUS (mort en 1773) à AUTEUIL – Elle y a ouvert un salon qui est une sorte de petite Académie littéraire. Tout ce beau monde se retrouve donc au 24 grande rue ancienne propriété de QUENTIN DE LA TOUR (aujourd’hui 59 rue d’Auteuil).

C’est là que Sophie et son époux renouent avec Pierre Georges CABANIS (protégé de Mme HELVETIUS)  qui se targue de poésie tout en étudiant la médecine – Il fut l’élève du poète ROUCHER et s’est même payé le luxe de traduire l’ILIADE d’Homère rien de moins !!!

Il devient l’ami le plus cher de Sophie et l’amant de Charlotte sœur de Sophie, elle aussi réfugiée à AUTEUIL avec leur mère qui s’éteint dans leurs bras en 1793, tandis que le Marquis de GROUCHY est inquiété à VILLETTE (manoir familial du Vexin) mais relâché parce que son fils le futur Maréchal de GROUCHY fait partie des Armées Républicaines.

C’est encore quelques répits avant la terreur qui fond sur eux. Le Marquis de Condorcet est obligé de se cacher après que tous ses amis Girondins seraient passés par la guillotine et c’est chez la veuve du peintre VERNET qu’il trouve refuge pendant 9 mois et où Sophie déguisée en paysanne le rejoint parfois et l’incite toujours et toujours à écrire – c’est ainsi que naîtra de leurs deux plumes « L’ESQUISSE DES PROGRES DE L’ESPRIT HUMAIN » que l’illustre penseur avait déjà commencé avant les évènements et que Sophie terminera et préfacera  et n’aura de cesse de faire éditer cet admirable ouvrage jusqu’à la fin de sa vie.

Condorcet écrit également dans son « exil » - en fait il est dans PARIS rue Servandoni (à l’époque rue des Fossoyeurs) : « AVIS D’UN PROSCRIT ET CONSEILS A MA FILLE » – on y retrouve toute la générosité et le cœur de cet homme hors du commun mais aussi le raisonnement d’une Sophie admirable qui ne cesse de le rassurer et de l’inciter à garder la tête froide.

Pourtant, CONDORCET quitte son refuge fragile et après quelques errements dans les rues d’un PARIS en ébullition, après avoir traverser tant d’épreuves, subit une attaque qui l’a laissé quelque peu fragilisé dans son intégrité physique, il se fait prendre à BOURG LA REINE et est emprisonné aussitôt à CLAMART – prison dans laquelle il s’éteint après s’être sans doute empoisonné – ce fait reste incertain,  bien qu’il eut avant sa fuite partagé avec Jean DEBRY,  son alter ego, son Frère de pensées philosophiques ce fameux « pain des frères » sorte de stramonium que leur a donné CABANIS pour rester maîtres de leur liberté dans l’extrême limite de leur vie. (Condorcet, et Cabanis ainsi que Debry faisaient partie de la Loge des IX Sœurs du monde Maçonnique)

SOPHIE ET L’AMOUR…

Le temps a passé, mais s’il n’a pas effacé la douleur et a surtout  anéanti cette vie bien tracée, ruiné sa fortune et ses espoirs républicains, Sophie garde pourtant  la tête haute pour sa fille, pour elle, pour ceux qui l’entourent encore de leur amitié.

Elle va, pour vivre, ouvrir un petit magasin de lingerie Fg St Honoré à deux pas où loge l’Incorruptible : ROBESPIERRE,  en personne – et ayant pris quelques leçons de dessin et peinture dans sa prime jeunesse avec la superbe Elisabeth VIGÉE LEBRUN elle va les mettre à profit notre Sophie courre dans les prisons nauséabondes peindre ses semblables… Pour se tirer de quelques ornières elle « croque » aussi les gardiens, ces personnages odieux qui se moquent d’elle mais qui sont trop heureux de posséder leur propre portrait pour lui chercher querelle…

Puis la contre-révolution étant amorcée, elle va renouer avec quelques connaissances et surtout rencontrer celui qui sera sans doute le grand et sublime amour de sa vie et qui lui inspirera une œuvre épistolaire absolument exceptionnelle.

Mailla GARAT le neveu du Conventionnel entre dans sa vie et ce sera l’amour fou !!! tout au moins pour elle ! Lui c’est un inconstant, joueur, instable, incapable de saisir l’immense bonheur qu’elle lui offre et qui est jaloux de l’ascendant qu’exerce encore Monsieur de CONDORCET sur Sophie malgré le temps et la mort.

C’est aussi à cette époque qu’elle acquiert la propriété des ANNONCIADES à MEULAN

(1798) et qu’elle y installe cet amant tout en embellissant le domaine pour lui plaire… Elle lui écrit aussi, lorsqu’elle est à MEULAN et lui à PARIS où il demeure le plus souvent dans leur pied à terre avenue Matignon, lettres admirables, où le bonheur, l’amour, sont un sujet de prédilection pour cette boulimique de l’écriture.

VINGT DEUX LETTRES admirables qu’elle nous laissera et qui nous feront connaître ce grand amour qui se terminera en 1800 après 4 ans de bonheur mitigé et qui font de Sophie de CONDORCET une des plus admirables épistolières de son siècle. La dernière grande dame du Siècle des Lumières.

CONCLUSIONS :

Mailla quittera Sophie pour une autre – éternel refrain de l’amour – mais cette autre est la meilleure amie de Sophie l’ex belle Duchesse de FLEURY que Sophie connaît depuis l’enfance et que l’on connaît mieux sous le nom d’Aimé de COIGNY… Elle ne s’en remettra jamais tout à fait, mais finira sa vie auprès d’un homme admirable qui l’aidera dans toute son entreprise pour faire éditer et rééditer les œuvres de CONDORCET sans jamais rechigner à la tâche… Un second père également pour Eliza et ce Claude FAURIEL connu lui aussi dans le monde littéraire comme ayant laissé UNE HISTOIRE DE LA POÉSIE PROVENÇALE  et comme traducteur de l’écrivain Alexandro MANZONI,  deviendra pour Sophie le compagnon morganatique dont elle a besoin pour supporter tous les maux de la vie et surtout ceux physiques qui ne lui laissent aucun répit.

Elle qui avait su défendre le droit des femmes auprès de son époux, prôner même avant l’heure le vote de ses semblables, elle ne sait pas se défendre contre la maladie qui est là insidieuse et terrible et l’emporte à peine âgée de 58 ans laissant le monde orphelin de sa beauté  de sa sagesse et de son érudition.

Telle une pauvre elle a demandé à être inhumée au Père Lachaise sous une simple dalle de pierre. Son nom s’y remarque à peine mais elle y repose entre Edouard BRANLY et CHOPIN allée Denon.

Madeleine ARNOLD TETARD

Auteur de « Sophie de Grouchy MARQUISE DE CONDORCET  la Dame de cœur » Editions CHRISTIAN 2003 tous droits réservés.

Le beau FAURIEL

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04 décembre 2006

La mort de Condorcet

Antoine de CARITAT marquis de Condorcet (1743-1794) fut un enfant prodige de la science et un mathématicien de renom. A 17 ans, il publiait son premier essai. Puis il fut introduit dans les salons de la fin du 18e siècle par son oncle CONDILLAC et devint, peu à peu, une des personnalités les plus en vue de son époque : membre de l'Académie française, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, membre de nombreuses académies européennes, collaborateur de l'Encyclopédie, auteur de nombreux ouvrages...

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Il a déjà 43 ans lorsqu'il épouse Sophie de Grouchy qui n'en a que 22. Le couple mène alors une vie brillante et engagée, accueille la Révolution avec enthousiasme, mais ne tarde pas à en regretter les excès qui aboutiront au drame final.

Au moment où la Révolution vient d'éclater par la prise de la Bastille, symbole du joug que fait peser l'ancien Régime sur le pauvre peuple, alors que Condorcet clame au corps électoral son manifeste pour l'abolition de l'esclavage et qu'il proclame la déclaration des Droits de l'homme en tant que député élu par 5 départements (lui a choisi l'Aisne son pays natal), Sophie est enceinte ! Alexandrine Louise Sophie que l'on appellera dans l'intimité "Eliza" fait son apparaition le 17 mai 1790 quai de Conti, alors que sa mère a inauguré quelques mois plus tôt au Panthéon le tout nouveau Club de la Révolution, et que son père sort son essai sur La constitution civile du clergé.

A l'automne 1790, les Condorcet s'installent au 505 rue de Lille (appelée jusqu'en 1792 la rue de Bourbon). En effet, le poste d'Inspecteur des Monnaies a été supprimé le 13 août de cette même année par décret royal et il leur faut trouver d'urgence un autre logement acceptable. C'est donc dans le quartier de Grenelle, non loin du Champ-de-Mars, que Sophie, son époux et la petite Eliza posent leurs malles.

Sophie est toujours aussi passionnée par la Révolution, et dans son amour pour tout ce qui est nouveau, elle s'est jetée à corps perdu dans la défense des libertés et pousse, en cette année 1790, le marquis à devenir membre de la municipalité de Paris. Si, elle s'est emballée par le coeur pour cette rébellion, lui, transgresse par ses audaces la très perplexe modération des Lumières, nous dit Guy Chaussinand-Nogaret. Sophie est là, cependant, elle lui tient la main et l'aide à l'action avec la passion que l'on devine.

La toute nouvelle République les enthousiasme, ce qui n'est pas le cas de leurs anciens amis..

Procope

Réunion de l'élite des Lumières avec, autour de la table : Voltaire, le père Adam,

l'abbé Maury, d'Alembert, Condorcet, Diderot, la Harpe

La presse va se déchaîner contre eux. Alors que Condorcet a été nommé commissaire à la trésorerie et qu'il a résigné ses fonctions municipales, que Sophie vient de traduire de l'anglais L'appel en faveur de la République de Thomas Paine le 14 juillet 1791, le Journal de la Cour et de la Ville publie une caricature de la belle marquise nue, courtisée par le marquis de la Fayette avec une légende qui ne laisse aucun doute de ce que l'on pense d'elle, bien à tort cependant : "respublica" autrement dit "fille publique"... Par ailleurs, Condorcet est très favorable à la guerre qui menace aux frontières et rejoint en ce sens son ami Brissot. Ils rallient ainsi la majorité des Jacobins à leurs idées, ce qui n'est pas du goût de certains de leurs amis.

Condorcet se trouve en butte aux insultes quotidiennes des journaux proches de La Fayette dont il était pourtant l'ami avant la fuite du roi à Varennes, ce qui a fait basculer bien des idées, tout en en réjouissant certains. La raison en est simple, cet homme de science, qui avant la Révolution s'est jeté dans l'action avec sa jeune femme, est devenu un partisan de l'idée républicaine et a même prôné le vote des femmes ! Il est donc mis au ban, ainsi que Sophie et vous va alors se déchaîner contre eux.

C'est tout d'abord la vieille Duchesse d'Enville, ex muse du mathématicien du temps de son célibat, qu'il rencontrait souvent dans ses salons du château médiéval de la Roche-Guyon sur lequel souffla dès le début du 17e siècle l'esprit des Lumières, qui a fait solennellement enfouir son buste sous un tas de fumier ! c'est dire la haine farouche que le ménage suscite autour de lui et même Malhesherbes qui y va de belles envolées vengeresses en répandant le bruit qu'il tuera le marquis s'il le rencontre sur son chemin...

Le journal Le Républicain dans lequel ils s'acharnent à exprimer leur pensée l'un comme l'autre et avec leur ami anglais Thomas Paine qui l'a d'ailleurs fondé en echo à la Société Républicaine dont ils rêvent tous encore, leur sert d'éxutoire. Il s'agit d'une petite société composée de cinq personnes dont deux sont présentement membres de la Convention qui prit le nom de Club Républicain. Cette société était opposée au rétablissement de Louis sur le trône, non point tant à cause de ses méfaits personnels que dans l'idée de renverser la monarchie et d'ériger sur ses ruines le système républicain et une représentation égalitaire..

Sophie en est la véritable cheville ouvrière et avec l'Imprimeur Nicolas de Bonneville, qui s'insitulait lui-même "premier républicain de France", faisait partie de ces cinq membres à part entière, à telle enseigne qu'Etienne Dumont la reconnaît "intégrée aux militants républicains de la première heure", comme en témoigne ces lignes extraites de ses souvenirs :

.... On a dit que Mme de Condorcet avait essuyé quelques mépris de la reine, et que son zèle républicain était une vengeance de femme.. Je n'en crois rien... Un caractère sérieux, un esprit qui aimait à se nourrir de méditations philosophiques, des lectures républicaines, une passion pour les écrits de Rousseau, avaient enflammé sa tête; son mari avec un enthousiasme de réflexion, elle en avait un de sentiment; tous deux étaient fortement persuadés que la liberté en France ne pouvait pas se soutenir à côté du trône. Paine leur avait donné les idées plus fausses sur l'Angleterre; je les combattis souvent, mais en vain. L'Amérique leur paraissait le modèle d'un bon gouvernement, et il leur parut aisé de transplanter en France le système de fédéralisme...

à suivre....

Madeleine ARNOLD TETARD extrait de Sophie de Grouchy Marquise de Condorcet "la dame de coeur" (cet extrait fut publié dans HISTOIRE ET SOCIETES sous le titre "Suicide ou assassinat ?" n°98 page 9 à suivantes Editions CHRISTIAN PARIS) tous droits réservés.

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05 décembre 2006

SUITE : La mort de Condorcet

Le 20 septembre 1791, Condorcet est élu député à l'Assemblée législative mais choisit de se réfugier quelque temps à Auteuil chez Anne Catherine Helvétius veuve du célèbre philosophe mort depuis quelques années.

Dès 1789, Condorcet y avait amené sa jeune épouse. Sophie combla d'aise, par sa beauté, mais surtout par son érudition tout ce petit monde d'idéologues. Heureuse elle le fut de retrouver le jeune Cabanis élu en 1789 avec Jacques François Baudelaire un prêtre défroqué, officier municipal, tandis que l'un de leurs amis, Laroche, était élu Maire. Sophie et le marquis trouvent refuse dans une petite maison dépendante au 2 grande rue chez la dame Pignon qui leur loue, pour quelques livres plusieurs chambres, une antichambre, et une cuisine.

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Pierre Georges CABANIS

Ils y apporteront quelques meubles et de quoi orner cette modeste demeure bien loin d'égaler le magnifique appartement du quai de Conti ou encore celui de la rue de Lille qu'ils ont conservé malgré tout espérant toujours une Révolution favorable. Auteuil ne devrait être qu'un refuge d'été et ils gardent l'intention de regagner Paris dès que la tourmente s'apaisera...

A peine installés à Auteuil, ils se mêlent à la vie communale, inaugurent la toute nouvelle Maison Commune en suivant un cortège de jeunes filles escortées des Gardes Nationales voisines venues couronner les bustes de Voltaire et de Rousseau et celui de Monsieur Helvétius. C'est bien dans cette modeste banlieue qu'ils vont vivre les plus doux moments de leur courte vie conjugale. L'agitation est latente et la vie à Paris est devenue irrespirable après les journées qui ont succédé au 10 août où la folie des hommes s'est encore déchaînée.

Lorsque l'on fête en septembre l'anniversaire de Monsieur de Condorcet, même Emmanuel de Grouchy fait l'effort de venir saluer sa soeur et son beau-frère pour ses 49 ans et offre à ce dernier une magnifique montre à gousset marquée de son chiffre "G"... ce détail aura son importance..

Le 19 janvier 1793, Condorcet réclame à la Convention l'abolition de la peine de mort, mais n'a-t'il pas plutôt fait cette déclaration que cette même Convention vote la mort du roi. Condorcet lui a voté pour "une peine aussi lourde que possible sans que ce soit la mort" ! Il est bien le seul... A part Brissot et quelques Girondins qui ont voté pour le sursis, la majorité des députés lève la main pour condamner Louis le Seizième, dernier des Capetiens, à une mort infamante sur l'échafaud de la Révolution !

Alors va commencer une période de peur, réelle, tangible, insidieuse, une peur de tous les instants... Grâce à Sophie, l'impétueuse petite marquise qui a commencé la rédaction définitive de la traduction de l'ouvrage d'Adam Smith "La Théorie des sentiments moraux" à laquelle elle ajoute ses propres réflexions en ce qui allait devenir LETTRES SUR LA SYMPATHIE, et avec le soutien de Cabanis et de Jean Debry, le marquis de Condorcet trouve encore quelques ressources pour soutenir ses idées et pour ne pas sombrer tout à fait dans la mélancolie de l'instant.

Mais bientôt, allaient venir les temps tragiques de la douleur... Paris est si triste, on n'y rencontre que des visages apeurés, des mines pâles et allongées, un Paris où l'on n'entend plus que jérémiades et mauvais présages... écrit la Duchesse de Fleury dans ses Mémoires.. Et, de fait, les choses vont aller de plus en plus mal pour le marquis de Condorcet.

Le 31 mai 1793, un décret de la Convention nationale portant le n° 922 a supprimé la commission des douze et le comité de salut public, déterminée à suivre la trace des complots qui lui ont été dénoncés à la barre et qui sont contre la sûreté de la République et la représentation nationale. Elle décrète que le 10 août suivant : une fédération générale et républicaine sera formée à Paris ! Le 2 juin, la même Convention avait décrèté l'arrestation de certains de ses membres, principalement les Girondins dont fait partie Condorcet ainsi que plusieurs de ses amis, comme Brissot !

Le marquis a déplu par son appel "aux citoyens français sur la nouvelle constitution" et il sait qu'il n'a plus longtemps à goûter de la liberté; cette liberté qui lui est si chère et que prône l'esprit des Lumières. Alors avec Jean Debry, ils partagent "le pain des frères"..

Là se pose la question de savoir si Condorcet a été franc-maçon ? Comment en aurait-il pu être autrement dans le milieu philosophique du 18e siècle qu'il fréquentait - La Maçonnerie attira durant ce siècle une nouvelle race qui fera bien parler d'elle : les intellectuels - on ne les appelait pas encore ainsi d'ailleurs - aussi comment ne pas penser qu'il fut introduit par l'un ou l'autre de ses amis dans cette Loge des IX soeurs qui tenait séance ou plutôt salon chez la veuve Helvétius dans la continuité de celle du philosophe défunt qui en était l'un des principaux "acteurs". Il fut très certainement parrainé par Fréteau, en même temps que Dupaty, sans doute en l'année 1775 alors que le Duc de Chartres assurait discrètement la présidence du Grand Orient de France. Helvétius mort, Voltaire héritera de son "tablier" en 1778 un mois tout juste avant son propre trépas.

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L'oeuvre maîtresse de Condorcet

Le marquis de Condorcet dont la pensée était calquée sur la leur, ne pouvait qu'être franc-maçon et c'est Pierre Georges Cabanis, autre initié par Madame Helvétius, qui se chargera de fournir au marquis et à Jean Debry ce fameux "pain des frères" poison dont parle le Conventionnel en ces termes dans une de leur correspondance : "à Auteuil, ce jourd'huy, 30 juin 1793, à minuit, Condorcet proscrit par l'exécrable faction du 31 mai dernier, avant de se dérober au poignard des assassins, a partagé avec moi, comme don de l'amitié qui nous unit, le poison qu'il conserve pour demeurer en tout évènement seul maître de sa personne".

à suivre

Madeleine Arnold Tétard  Sophie de Grouchy, marquise de Condorcet la dame de coeur - Editions CHRISTIAN PARIS 2003 - extrait - tous droits réservés.

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07 décembre 2006

SUITE et Fin la Mort de CONDORCET

Le 8 juillet 1793 sur la dénonciation du moine défroqué Chabot un député du Tiers Etat, Condorcet est décrété d’arrestation par la Convention. Les scellés sont posés au 505 rue de Lille, où ils ont toujours leur appartement et bientôt à Auteuil. Condorcet a cependant réussi à fuir, tout d’abord caché chez la veuve Helvétius, puis emmené par Cabanis, Pynel et Garat rue des Fossoyeurs (actuelle rue Servandoni) au n°15 chez la veuve du peintre sculpteur Vernet après un court passage dans l’hôtel du ministère où Garat n’hésita pas à le cacher pendant toute une nuit.

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Auto portrait de Sophie (pendant la Révolution)

Dès le 9 juillet il est donc à l’abri chez Rose Marie Vernet, admirable femme qui ne cherchera pas à connaître l’identité de son pensionnaire, privilégiant au premier chef sa sécurité comme elle le faisait pour plusieurs inquiétés qu’elle cacha ainsi pendant des mois.

Sophie, dès ce moment, entre aussi en clandestinité. Elle rend cependant visite à Condorcet déguisée en paysanne faisant à pied le chemin depuis sa retraite chez Madame Helvétius jusqu’à Saint Sulpice où se terre le proscrit.

Tout cela les ébranle tous les deux, d’autant que nombre de leurs amis passent devant l’accusateur public et sont conduits aussitôt à l’échafaud, sans que ni l’un ni l’autre, ne puissent rien faire pour arrêter cette tuerie, ce massacre gratuit qu’ils étaient loin d’imaginer dans leur enthousiasme révolutionnaire de 1789.

Sophie continuera ainsi de faire l’imprudente pendant des mois et l’incite à continuer la rédaction de « L’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain » qu’ils ont envisagé à deux et pour lequel le marquis de Condorcet avait déjà commencé à rédiger avant sa fuite. Ce monument de travail restera, à jamais, l’un des plus bel ouvrage de philosophie que l’illustre penseur nous ait laissé et Sophie en est bien la cheville ouvrière auquel elle rajoutera une Préface magnifique.

Mais le travail n’est pas tout et il ne peut plus supporter le poids de cette affreuse solitude et l’angoisse de savoir Sophie et Eliza en butte à la vindicte révolutionnaire.  Pour Eliza justement, il écrit « Avis d’un proscrit et conseils à ma fille » où l’on y retrouve le cœur et la générosité de cet homme hors du commun mais aussi le raisonnement d’une Sophie admirable qui le poussait à ne point renoncer tout à fait à espérer.

Le 3 octobre de cette tragique année, la Convention condamne le marquis de Condorcet à la peine capitale ! Il n’y a plus d’espoir. Le 31 de ce même mois, la plupart de ses amis Girondins qui n’ont pu s’exiler sont guillotinés sur la place de la Révolution. Vingt et un de ces hommes périront de la seule volonté de Fouquier-Tinville et de ses sbires.

Cabanis suggère alors à Sophie de demander le divorce ! proposition incongrue dans un tel moment mais c’est pour préserver ses droits et ceux d’Eliza qu’il lui conjure d’en passer par là avec l’accord de Condorcet qui là encore trouve une nouvelle épreuve même s’il sait que Sophie ne désire pas du tout cette séparation. Elle sera entérinée le 14 janvier 1794 par la Municipalité d’Auteuil auprès de laquelle elle a déposé le recours.

Condorcet entre alors dans une phase de désespoir tel que Sophie est à craindre pour sa santé mentale et physique. Elle lui écrit « Je te conjure au nom de ce je sens pour toi de calmer ta tête, ne veux tu donc plus avoir soin de ta vie ? Aie du moins pitié de la mienne. Je te serre, en t’en conjurant, contre mon cœur… »

Alors le marquis continue d’écrire, pour sa fille, pour Sophie, pour le monde entier. Mais le 25 mars n’en pouvant plus et ne voulant mettre en péril son hôtesse qui craint une descente du comité de salut-public, il s’enfuit, habillé en paysan et bien décidé à se faire passer pour Pierre Simon l’ancien père nourricier de sa fille, en se disant au service de ses anciens collègues Trudaine et Dionis du Séjour.

Tout d’abord, il se rend à Fontenay-aux-Roses chez ceux qu’il croit encore ses amis : les Suard, mais trop pleutres, en proie eux-mêmes à la peur d’être dénoncés, ils refusent de lui donner asile. Aussi va t’il parcourir de nombreux villages mais épuisé par six mois d’inaction, il n’a plus guère de forces d’autant qu’une mauvaise attaque l’a déjà affaibli quelques mois plus tôt et il arrive, il ne sait trop comment, à Clamart rebaptisé depuis peu « le Vignoble ».

C’est une omelette qui va le perdre !

A l’aubergiste, le sieur Crépinet,  qui l’accueille en le regardant de travers, il va commander une omelette de douze œufs ! Stupeur … a t’on jamais vu autant d’œufs pour une seule bouche … Sont attablés dans l’auberge plusieurs sans-culottes qui n’ont pas leurs yeux dans leurs poches et qui observent chez ce citoyen des manières beaucoup trop raffinées pour qu’il soit l’un des leurs..

François Bréau et Nicolas Claude Champy les deux rustres, triomphants et ayant reconnu la « qualité » du client, l’emmènent derechef, sans ménagement, et sans qu’il n’ait eu le temps de finir l’omelette qui l’a, en quelque sorte, dénoncé au comité de salut public le plus proche à savoir à Bourg l’Egalité (Bourg la Reine).  Là il déclare, comme il l’a prévu, s’appeler Pierre Simon, être né à Ribemont dans l’Aisne (ce qui est véritable…) et avoir été Valet de chambre momentanément sans emploi du fait que ses employeurs ont été guillotinés !! Mais il ne convainct personne avec ses dires, ses manières sont trop polies, ses mains trop fines pour être un Domestique.. Il est fouillé et l’on retrouve sur lui, la montre d’argent marquée du chiffre « G » qu’Emmanuel de Grouchy lui a donné quelques mois plus tôt .. Un ouvrage « Horace » et quelques menus objets qui ne font plus aucun doute sur la qualité du personnage.

Il est interrogé sans relâche toute la journée mais le lendemain point d’interrogatoire, il est laissé seul dans une cellule étroite où il a été jeté avec une seule cruche d’eau saumâtre et un quignon de pain rassis.

Pauvre cellule qu’éclaire à peine une petite ouverture grillagée, sombre, humide. Une table dans un recoin sur laquelle se trouve un encrier garni d’une plume, un bougeoir sans bougie, une étagère surplombe la table sur laquelle se trouvent quelques vaisselles laissées là par l’ancien « locataire », deux livres dont l’Horace qu’on lui a rendu et qu’il a rangé soigneusement pour le relire, plus tard… et dessous une patère qui supporte le chapeau de mauvaise paille et le foulard qui, l’avait-il pensé, l’auraient protégé d’être reconnu.

Il ne passera que deux nuits dans ce taudis du 27 au 29 mars 1794 jour où il sera retrouvé mort ayant peut être avalé la dose de stramonium et d’opium qu’il avait reçu de Cabanis et partagé avec Jean Debry…

Mais s’est-il réellement suicidé ? Comment ne pas penser, que les gardiens n’aient trouvé sur lui, après la fouille en règle, le poison ! L’avait-il soigneusement caché dans une poche invisible de son gilet ? Sa montre a été confisquée ainsi qu’une bague qu’il portait au doigt avant son arrestation et qui logiquement devait contenir « le pain des frères »… 

Est-il simplement mort d’une crise cardiaque ou d’une rupture d’anévrisme…? Le procès verbal de décès constate qu’il a « la face tournée vers la terre, les bras allongés le long du corps, les mains non garnies d’armes ni d’instruments qui puissent faire présumer le suicide »… Du sang sort de ses narines et le médecin chargé de l’examiner a conclu à une mort par apoplexie sanguine !! (rectification de l’acte de décès établi le 21 pluviôse de l’an III à la demande de Sophie de Condorcet et de Cabanis médecin pour rétablir l’identité de Condorcet inhumé sous le nom de Pierre Simon – AM Bourg la Reine)

Saura t’on jamais la cause réelle de sa mort ? Avait-il pu dissimulé le poison pendant son interrogatoire ? Est-il vraiment mort d’apoplexie comme semble l’avoir remarqué le médecin légiste ? Nul ne le saura jamais.

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Condorcet en exil..

Sophie cependant, ignore encore tout du sort de son époux, ce que Madame Vernet lui cachera d’ailleurs pendant de longues semaines encore. Elle le croit émigré en Suisse et personne ne la contredit… C’est ce que lui a fait croire la veuve Vernet en lui amenant les manuscrits de L’Esquisse et  L’avis d’un proscrit à ma fille que Sophie récupère ainsi sans se douter un seul instant du drame qui s'est déroulé à Bourg l'Egalité.

Sophie de Condorcet est de ce moment complètement ruinée. Tous les biens de Condorcet et les siens  sont saisis comme propriété d’émigrée alors qu’il n’en est rien puisqu’elle se trouve toujours à Paris, elle relèvera fièrement la tête après avoir enfin appris la terrible vérité et demandera à être enlevée de cette liste d’émigrés avec l’acharnement qu’on lui connaît, ce qui n’interviendra qu’en 1798 où elle pourra enfin récupérer une partie de ses biens et de ceux de son défunt mari pour Eliza….

Si vous souhaitez connaître la suite …

Madeleine Arnold Tétard « Sophie de Grouchy, Marquise de Condorcet, la dame de cœur » Editions CHRISTIAN 2003 – tous droits réservés -

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couverture de l'ouvrage

(reproduction interdite)

 

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11 décembre 2006

La maisonnette de Meulan et Mailla Garat

En septembre 1796, Sophie de Condorcet a rencontré Mailla GARAT qui s'est fait embaucher à la "Décade" et à la charge de suivre les séances des deux assemblées : celle des anciens et celle des cinq cents. Chacun y trouve un rôle, tant son oncle (Joseph GARAT) pour la politique étrangère, tant Cabanis pour la littérature étrangère, tant Marie-Joseph Chénier (frère du poète André Chénier guillotiné en 1794) pour la littérature française et Daunou pour la politique générale. Voilà donc de quoi réjouir le coeur du petit journaliste dont s'est entiché depuis quelques semaines Sophie qui, elle-même, se rassure de cet emploi car elle le veut à l'image de l'homme idéal qu'elle a entrepris de "construire"... peut être un peu trop à l'image de Condorcet sans aucun doute.. !

Ce sont des journées de promenade, de riantes excursions, un couple normal dans un Paris redevenu agréable à vivre tout au moins pour les amoureux car la longue file des gueux, de plus en plus nombreux, hantant les quartiers même les plus huppés, et est de plus en plus importante et inquiétante.  Sophie soulagera bien souvent leur misère par quelques subsides bienvenues quant elle ne leur donne pas, carrément,  quelques vêtements dont elle n'a plus l'usage...

Mailla assistera, avec elle, au mariage de Charlotte Félicité, la soeur de Sophie, qui unit sa destinée au tendre Pierre Georges Cabanis dont elle a déjà une fille et tous leurs amis sont là : les Talmat, les Garat, et bien d'autres.

Bien que Sophie et Mailla soient installés dans le petit hôtel particulier qu'elle a réussi à acheter au sortir de la Révolution au 2 rue de Matignon, elle passe désormais le plus clair de son temps près de Villette où elle a vécu étant enfant, à Meulan très exactement, où elle a acquit l'ancien couvent des "Dames Annonciades". Modeste demeure pour notre Marquise sortie indemne des affres de la Révolution et qu'elle appellera désormais "la Maisonnette" et où les travaux d'embellissement de de remise en état la requièrent désormais bien souvent à la surveillance de leur avancement.

Ce bâtiment provenant de l'ancien couvent fondé en 1642 par Anne d'Autriche suite au voeu qu'elle avait formulé de donner un abri aux religieuses de l'Ordre des Annonciades si elle venait, enfin, à devenir mère après vingt ans d'un mariage stérile, a été vidé de ses occupantes en 1793 sur ordre de la Convention et, depuis, est passé tour à tour dans les mains de différents acquéreurs qui l'ont racheté à la ville de Meulan comme bien national échu à la commune.

Sophie s'est ainsi rapprochée de la propriété de Villette où vit toujours son père, le vieux marquis de Grouchy entouré de ses chevaux, de ses chiens de chasse, mais bien souvent malade et qui  demande, bien souvent,  à l'un ou l'autre de ses enfants le sacrifice de s'éloigner de la vie parisienne pour venir lui tenir compagnie. Sophie a donc saisi l'opportunité qui s'offrait à elle après qu'elle eut regagné quelques subsides des biens de Condorcet et les siens et, après un premier essai d'achat d'une propriété dans le Sud de la banlieue parisienne, elle acquiert enfin Meulan en 1798.

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Sophie dans la splendeur des ses 28 ans en 1793

(auto-portrait propriété de la famille La Tour du Pin )

Avec armes et bagages, Eliza et la vieille nounou de cette dernière, qu'elle appelle Beauvais, elles sont donc parties sur les routes chaotiques par le coche de Paris qui les laisse à Saint-Germain-en-Laye encore appelé "Montagne du Bel Air"... d'où elle récupèrent celui menant à Meulan.

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"La maisonnette à Meulan"  état d'aujourd'hui...

Et c'est ainsi, très souvent, depuis que cette maison est le reflêt de son nouvel amour car, elle ne le cache pas,  c'est pour Mailla qu'elle a déniché ce nid d'amour perché sur la colline dominant Meulan. Comme elle l'aime la "maisonnette".

De ce hâvre de paix, elle écrit à son bel amoureux de longues lettres brûlantes d'amour car Mailla a été dépêché au début de février 1798 par son oncle Joseph, Ambassadeur à Naples, comme secrétaire particulier de ce dernier. Il a promis à Sophie de revenir au plus vite... Ce voyage le réjouit malgré tout,  lui faisant découvrir des contrées inconnues et magnifiques mais, Sophie espère de tout son coeur qu'il sera court ce voyage et le ramènera plus amoureux encore auprès d'elle, d'autant que Joseph Garat, face à un roi de Naples Bourbon, pourrait bien voir sa carrière d'Ambassadeur réduite à une portion congrue ayant voté, comme beaucoup de députés, la mort de Louis XVI quelques cinq ans auparavant ...

Elle compte bien là dessus la fine mouche Sophie, d'autant qu'on lui fait une cour pressante par ailleurs et qu'elle a peine à se débarrasser de l'inconvenant amoureux transi qui la poursuit de ses assiduités...

Alors, à Meulan, "Soph" attend son "Mail" comme ils aiment à se surnommer...

Au rez-de-chaussée de la maison se trouve encore une belle salle voûtée sur croisées d'ogives, un petit salon aux boiseries peintes en gris avec de jolis filets bleutés qui lui rappellent le salon de Villette et, en suivant, un grand salon de réception, car elle va recevoir notre Sophie et du plus beau monde ..., duquel on accède à une superbe salle à manger qu'elle a voulu à son image : sobre mais accueillante.

Au premier et au second étage, elle a fait aménager les chambres à coucher, la sienne en particulier qui donne sur la belle vallée de la Seine s'étendant, majestueuse, au pied de la terrasse et la ville de Meulan tente de se fait belle pour sa Marquise,  avec ses trois églises dont une seule restera debout de la folie destructrice des hommes du siècle suivant.

Meulan comptait en effet, trois églises paroissiales avant la Révolution, également trois églises monastiques, deux chapelles et celle, troglodyte, qui se trouve dans le parc de la "maisonnette" et que Sophie découvrira bientôt comme un refuge abritant cette passion folle qui la lie à Mailla. Aucune n'est encore rendue au culte en 1798 et encore moins celle du centre de la ville dédiée à Notre-Dame qui a été transformée en 1791 en halle aux grains et vidée de tous ses attributs, quant à celle de l'Île du Fort au milieu des deux bras de Seine, elle est devenue un grenier à fourrage et sera sous peu démolie, seuls deux pieds droits historiés subsisteront de cette destruction rappelant qu'ici se trouvait une maison de Dieu. Quant à Saint-Nicolas, que Sophie voit chaque jour de ses fenêtres puisque l'église est en contre-bas sous celles-ci, elle ne rouvrira au culte qu'en 1802 et demeurera la seule paroisse subsistante.

Un peu plus à l'Est de la ville, s'étend le long ruban de "l'Île Belle", nommée ainsi par le bon roi Henri IV lorsqu'il vint aider la population meulanaise à bouster hors les murs le puissant Duc de Mayenne en l'an 1590, île formée de multiples petits îlots renfloués au 17e siècle.

Sophie ne se lasse point de contempler le paysage du haut des étages où sa vue se perd à l'infini. Les arbres touffus du parc lui font souvenir de ceux de Villette tout proche. Le jardin qu'elle ornemente pour plaire à Mailla fait l'affaire des jardiniers qu'elle a embauchés en ville, tel que Joseph Lamy qui se fait un devoir d'agrémenter le parc de la Marquise avec grand soin..

Pour être moins seule, elle s'entoure de ses chères amies : Madame Vernet y est son hôte privilégiée, Julie Talma bien sur également et les incontournables : Madame Beauvais son éternelle nounou et la nouvelle nurse anglaise d'Eliza sans oublier bien sur, Charlotte Félicité qui délaisse parfois Cabanis pour venir se réfugier auprès de cette soeur qu'elle admire tant !

Le soir, dans le calme de sa chambre, Sophie écrit à Mailla dans une robe de mousseline, laissant ses cheveux courrir sur ses épaules rondes, au gré de leur fantaisie, une plume en main, qui ne la quitte guère malgré les douleurs arthrosiques qui commencent sérieusement à la tourmenter, elle lui écrit son bonheur, son attente, le souvenir qu'elle a de leurs épanchements :

......." Un soleil radieux nous a accompagnés jusqu'ici hier mon Mail et a un peu soutenu mon coeur contre l'émotion dévorante qui l'a saisi en te quittant et qui s'est trop renouvelée en revoyant le coteau où est notre maisonnette.. Bien peu de moments de sommeil m'ont absentée cette nuit de ton image... toujours si vive loin de toi et qui l'est encore plus que jamais... Je n'espère pas de santé de cette petite course, parce que loin de toi, éloignée de l'atmosphère qui est ma vie, le sentiment

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                                                                                                                      Meulan

du repos et du bonheur ne peut entrer dans mon coeur et dans mes veines. Ce doux sentiment renaîtra sans doute dans les jours fortunés que tu me promets et qui seront tout à toi quelqu'ils soient...

Cher ami, cher bonheur, toujours mon bonheur même au milieu du souvenir le plus atterant, des inquiétudes les plus mortelles, je t'embrasse, je t'aime, je te vois, je te regrette, j'aspire à sentir à côté de toi ces douces impressions de la nature qui, tout au contraire de celles des villes s'accordent bien avec l'amour et avec tout ce qui peut honorer et illustrer ta vie... Dis à Beauvais que mon père est plus aimable pour moi que jamais, qu'il me donne le jardin de Giroux et toi, songe que te voilà libre de couvrir le jardin de la maisonnette de ces grands arbres que ton imagination fait pousser comme des fusées, de ces gazons toujours verts pour lesquels tu fais jaillir de la montagne des sources intarissables. Plaisanterie à part, j'arrangerais ce jardin pour ton goût, pour tes yeux, puisque ton dîner en légumes et en fruit n'en a plus besoin... Garde cette violette contre ton coeur jusqu'à ce que le mien y soit ..

Quelle plus belle lettre d'amour que celle-ci, si touchante, si plaisante, venant d'une femme qui vient d'accompagner son amant au coche le ramenant sur ce Paris qu'elle déserte de plus en plus pour se réfugier dans cette campagne qu'elle chérit sans doute encore plus que lui..

Mais l'inconstant Mailla revenu d'Italie après cinq mois d'absence où la présence de Joseph Garat n'a effectivement pas été la bienvenue à Naples, fait soudain frémir l'instinct de cette femme hors du commun.. Elle ne saurait pourquoi et comment le dire mais Mailla a changé. Il ne tient plus en place, à peine est-il à Meulan, qu'il veut déjà repartir à Paris comme si une onde de choc avait brisé le bel élan du jeune journaliste envers elle.. Et de plus en plus le voilà qui s'absente sans donner d'explication !

Des explications que même Eliza revendique en tant que "fille" de Mailla en lui adressant ces mots que l'on sent dictés par le désir de bien faire et surtout  l'espoir de revoir le sourire refleurir sur la bouche de sa maman...

Je t'écris Maillia pour savoir comment tu te portes, car tu ne m'as pas donné de tes nouvelles petit coquin qui oublie comme cela sa fille.. Ah ! c'est bien joli de ne pas lui écrire, ni venir la voir ainsi que sa maman qui a eu des douleurs dans le col (cou) depuis trois jours. Mais cela va beaucoup mieux. Je te prie de t'en aller sur les boulevards et tu verras des marchands de petites images de m'en acheter des jolies et de venir me les apporter.. Madame Vernet, Madame Talma, Monsieur Salaville, maman te font bien des amitiés. Ta fille qui t'embrasse (Eliza de Condorcet)

Mesdames Vernet et Talma ont effectivement leur chambre et sont quasi à demeure à Meulan mais d'autres également allaient bientôt rejoindre le Salon de la Marquise alors qu'Eliza qui revendique à Mailla le droit d'être sa "fille", en oublierait presque les précieux "conseils à ma fille.." .que son père, le vrai, lui a laissé en mourant. Il est vrai qu'elle l'a si peu connu ce père que pour elle, Mailla Garat est à son encontre, ce papa qu'elle désire tant et qui lui manque tant !

à suivre...

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Le château de Sillery Epinay sur Orge où Sophie habita quelque temps entre 1796 et 1798

Madeleine ARNOLD TETARD

tous droits réservés (extraits de la "Dame de coeur" 2003)

L'orthographe et la tournure des phrases de Sophie ont été respectées.

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12 décembre 2006

Mailla l'inconstant

Sophie a beau s'entourer de toute la bonne société de l'instant, Julie Talma,  Benjamin Constant, Baggesen, Salaville auteur d'une théorie sur la Révolution Française comparée à celle d'Angleterre, mais aucun ne lui fait oublier "l'incomparable" Mailla...

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Julie Carreau Talma l'amie chère de Sophie

" Mon tendre ami tu sais bien que tes lettres ne peuvent que m'apporter du bonheur et tu sais bien aussi que ma tristesse t'en donnait à toi même et te portait même à cherche le monde pour t'en distraire... Oh mon Mail ! Si jamais il exista sur terre une femme à laquelle tout au monde ait donné le besoin du lien le plus intime, le plus complet, c'est moi certainement qui suit cette femme.... (.....)

Si je ne pars pas quintidi, je partirais le lendemain (quintidi étant le 5è jour de la décade ici cela peut être le 5, le 15 ou le 25 du mois que Sophie ne précise pas) mais j'ignore si l'état de Sèvres ou de Marly (l'état des routes) me faisant passer par Versailles, je ne serais pas deux jours en route. Celui où je te reverrai sera bien doux cher Mail... Je suis si mal loin de toi ...

Cette année là, le peintre Isabey réalise le portrait d'Eliza beaucoup moins jolie que sa mère.. Mailla, l'inconstant va tout de même faire un plus long séjour à la "maisonnette" avec Sophie, Eliza et toute la tribu habituelle, puis il repartira avec la fillette qu'il ramènera à Paris car Sophie a besoin de calme. Ses tourments maladifs, la chaleur de l'été, tout contribue à ce que son séjour se prolonge à Meulan.

A peine franchit une nouvelle fois la barrière de la ville, elle lui écrira à nouveau une longue lettre où toutes les espérances d'un coeur fragilisé sont concentrées en ces lignes superbes :

" Que je t'aime mon Mail ! et quelle peine j'ai toujours et plus que jamais d'être séparée de toi.. Je me rappelai religieusement en te quittant avec quelle tendresse tu étais venu m'accompagner, le charme des heureux moments par lesquels tu a embelli mes jours depuis trois semaines et ramené à l'espoir d'une compagne heureuse mon coeur terrifié et abattu. Je me rappelai que tu veux que je me confie en ton amour... Que tu me l'a demandé ces derniers temps avec tous les témoignages de sentiments qui la méritent, et bien, mon faible coeur ne conserva un peu de sérénité que jusqu'à notre coteau. A la vue de la "maisonnette" je ne pus retenir mes larmes... Pardonne ces alarmes condamnées bientôt par le souvenir que toi-même vint les tarir et m'arracher de cette solitude..... Cher ami, après les devoirs paternels moins occupants cette fois parce qu'ils sont plus partagés, j'éprouve un vide affreux en me sentant encore loin de toi et sans Eliza. Je change de place à chaque quart d'heure comme si je pouvais te trouver à quelqu'une. Je conjure ce ciel brillant, comme si les nuages pouvaient m'apporter ta présence ou te rendre présent tout ce que je souffre loin de toi...  Cher ami, il y a à notre "maisonnette", une petite pointe générale de verdure qui attend la pluie pour faire tapis. Cher ami, j'irais demain saluer ta chambre, notre bibliothèque et respirer l'espérance où tu me ferais vivre du bonheur... Aie bien soin de notre enfant et surtout de sa douceur ...

Ainsi Sophie compare t'elle déjà Mailla au père d'Eliza ! A t'elle déjà à ce point oublié le marquis de Condorcet, pour lui enlever cette paternité qu'il a si douloureusement revendiquée dans son testament et dans les derniers instants de sa vie ?

C'est alors qu'un nouveau désir de maternité va plonger Sophie dans une attente plus cruelle encore. Elle veut un enfant de Mailla et le désire ardemment en le lui disant en ces termes qui ne cachent rien de ce désir fougueux "je voudrais voir fleurir un joli bouton que nous aimerions à l'envie".... Elle le lui dit ouvertement dans plusieurs missives, ce qui ne laisse aucun doute sur ce désir charnel qu'elle a de lui donner cet enfant, de leur sang, de leur amour et qui nouerait davantage encore certainement les liens que Sophie tisse autour de son amant..

La jalousie pourtant est une bien mauvaise conseillère et Sophie la découvre car Mailla continue de s'absenter encore et encore et de plus en plus souvent, s'étourdissant en jeux de toute sorte, en sorties mondaines qui l'épuisent dans un tourbillon sans fin " j'ai sans doute tort mon tendre ami en t'exprimant d'une manière quelconque la douleur que je ressentais d'une absence que mon coeur trouvait sans motif".... lui écrit-elle pour se justifier car Sophie est encore retenue à Meulan.

C'est l'hiver désormais, tout n'est que gel et les routes sont devenues impraticables. Heureusement, Cécile de Pontécoulant sa belle-soeur, épouse d'Emmanuel de Grouchy, elle aussi délaissée par les campagnes incessantes de son époux qui combat aux côtés de l'Empereur, est auprès d'elle, souffrante tout comme Sophie que l'hiver n'arrange guère.

Eliza aussi est revenue auprès de sa mère mais mal disposée envers elle pour l'avoir contrainte à préférer la campagne à la ville qui n'offre aucune distraction outre celle que de se promener dans les vieilles ruelles de la petite bourgade, à regarder les boutiques qui, de chaque côté de la rue Basse, la rue principale et commerçante, tentent d'attirer les clients par ces temps de misère où la guerre menée par le jeune Bonaparte épuise les bourses et rend exangue le peuple... Mais Eliza pour l'heure doit s'en contenter ou tenir compagnie à sa mère. Parfois, lorsqu'un rayon de soleil est obligeant et que les routes sont dégagées, on pousse jusqu'à Villette rendre visite au grand-papa Grouchy de plus en plus courbé par l'âge mais qui s'occupe encore tant bien que mal, aidé d'Henri le plus jeune frère de Sophie qui a en charge la bonne marche du domaine restitué après Thermidor.

1800 Mailla entre au TRIBUNAT. Le voici devenu Tribun mais c'est aussi l'année où la chère Anne Catherine Helvétius rend l'âme. La voici partie rejoindre ses grands hommes laissant sa maison vide et y dispersant tout ceux qui la composaient encore à commencer par les Cabanis et ce sera également l'année d'une rupture retentissante, celle de Sophie et de Mailla !

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Le tribunat à PARIS et un Tribun

Elle ne se fera sans mal cette rupture et bien des larmes couleront avant qu'elle ne soit définitive et irrévocable. Cette passion qui brûle au plus profond d'elle-même notre Sophie n'est plus, pour l'inconstant jeune homme, qu'une habitude... Il ne sait comment avertir Sophie qu'un autre amour le retient hors d'elle et que ce nouvel "abandon" a pour nom Aimée de Coigny, la belle ex Duchesse de Fleury divorcée de son Duc, remariée à un Comte connu dans les prisons de la tourmente révolutionnaire et divorcée une nouvelle fois... Aimée qui se dit pourtant la meilleure amie de Sophie...bien qu'elle ne l'ait revue qu'épisodiquement depuis que la Révolution soit venue séparer les meilleures amitiés mais qu'elle a tant de plaisir à recevoir à nouveau chez elle, à Meulan, à Paris, et pour laquelle elle donnerait sa vie même !

La lettre que Sophie écrit en ce début d'année au jeune Tribun, qui lui a annoncé sa visite à Meulan, est pleine d'espoir mais l'on y sent que la jeune femme veut prêcher le vrai pour connaître enfin ce qu'elle ressent de malaise depuis quelque temps au contact de l'aimé ! Des bruits - auxquels elle n'aurait sans doute jamais prêté l'oreille en temps normal - courrent dans les Salons qui ont rouvert leur porte depuis plusieurs mois... Ce ne sont sans doute que libelles et que pure méchanceté dictée par la jalousie qui sont colportées par les langues acérées de ses rivales,  mais Sophie y est tout de même très sensible... Ne dit-on point, à qui veut l'entendre,  que Madame de Coigny serait bientôt l'épouse de Mailla Garat !

Non elle ne peut y croire ! C'est à elle qu'il a promis le mariage... Que vient donc faire Aimée dans toute cette histoire ?

Sophie ne peut se convaincre de la trahison de son amie de toujours. Cette petite Aimée chérie, son amie d'enfance à Villette et  qui vit désormais dans la demeure d'Epinay sur Orge avec les demoiselles de Bellegarde échapées de leur Savoie natale... Il est vrai que les aventures ne se comptent plus pour la belle Duchesse. En a t'elle fait tourner des têtes la belle Aimée, même la prison n'a rien enlevé à sa beauté et à sa joie de vivre ni au désir de se refaire une cour d'admirateurs...

Amoureuse éphémère, inconstante, joyeuse, libertine, prise dans le tourbillon de la Révolution, la belle Aimée s'est séparé du Duc de Fleury plutôt heureux de ce divorce. Leur vie est par trop différente et ils ont été mariés si jeunes qu'ils n'ont point eu le temps véritablement de s'aimer. Aimé vagabondera donc tel un papillon jusqu'à cette rencontre avec Mailla à l'insu de Sophie qui ne se doute pas un seul instant qu'ils sont devenus amants alors que Mailla lui jure encore qu'il l'adore !

Mailla et Aimée se sont rencontrés pour la première fois en 1799 lors de l'inauguration du Salon de peinture  en date du 18 août où le fameux tableau de David "Les Sabines" est exposé dans une des salles du Louvre. Pierre Garat frère de Mailla et chanteur de renom - l'une des plus grandes voix de son temps - est devenu l'amant d'Adèle de Bellegarde (qui a servi de modèle au peintre pour ce tableau) et dont il aura d'ailleurs deux enfants. Mailla ayant suivi le chanteur à Epinay où vivent les soeurs de Bellegarde et Aimée, la rencontre donc ainsi et deviendra très vite son amant. Sophie ignore, dans sa retraite de Meulan, qu'Aimée et Mailla sont si proches bien qu'elle sache qu'ils se sont déjà plusieurs fois rencontrés,  ni surtout qu'ils échangent de tendres billets d'amour et bien plus que cela encore ... Mais son instinct de femme ne la trompe guère, les mauvaises langues faisant le reste... Aussi invite t'elle l'amie et l'amant sous le toit de la "maisonnette" pour en avoir le coeur net !

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Pierre GARAT le chanteur ... frère de "Maltia" dit Mailla

Le moment arriva donc où "notre petite Aimée" comme l'écrit ingénument Sophie est "digne d'être associée à notre vie ici si elle s'y plaît, je trouverais bientôt qu'elle en fait partie..... Il va donc renaître ce bonheur parfait que je craignais tant de reperdre encore. Ah ! que ta lettre m'a fait du bien, soit parce qu'elle t'annonce, soit parce qu'elle prouve que ton coeur comme le mien trouve notre union plus délicieuse que jamais. Surtout au milieu de cette vie champêtre où tous les vrais plaisirs se succèdent les uns aux autres et s'embellissent en se succédant ainsi . Oui mon Mail, ta Soph est heureuse et si heureuse que vingt fois cette nuit elle a été éveillée par ces douces pensées, rendues un peu trop vives par la crainte qui m'avait saisie de ne pas te voir libre d'être souvent ici. Je n'ai pas cette fois à me reprocher qu'une crainte si douloureuse m'ait oté la moindre confiance dans ton coeur, et tu n'appelleras pas Soph ingrate en la revoyant (.....) Mon Mail étant ici, il sera impossible que tu ne visites pas le château paternel. .. L'incorrigible chapitre des préjugés nécessite (pour que je ne subisse pas des scènes) que tu prennes l'habitude de ne pas me tutoyer ni Eliza devant le monde, et pour la prendre efficacement, il faut la contacter chez nous devant tout étranger, sauf exception....(....) Si Aimée prend du chocolat, fait acheter du sien. Je n'en ai de Bayonne que pour huit jours. Adieu mon âme, digne de ce nom !

Ainsi Sophie a donc  l'intention, enfin, de présenter Mailla au très rigide Marquis de Grouchy qui l'on s'en doute, ne tolèrerait qu'un "étranger", à leur caste tutoie sa fille et même sa petite fille...  Cette manoeuvre est-ce calcul de femme inquiète, pour se l'attacher par une présentation officielle au patriarche, est-ce tout simplement pour elle, l'aboutissement normal à leur relation  ? 

Les deux amants arrivent donc à Meulan, arrivée qu'attend tellement notre Sophie ! Aimée est venue avec une idée bien précise en tête, un calcul bien féminin, mettre Sophie devant l'accomplit ! Pour cela elle use de la ruse la plus efficace, prouver à sa rivale que le coeur de son amant est pris ailleurs et bien pris !

à suivre...

Madeleine ARNOLD TETARD

tous droits réservés. (extraits de la "Dame de coeur" 2003)

L'orthographe et la tournure des phrases de Sophie ont été respectées

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22 janvier 2007

LA RUPTURE

Plusieurs jours enchanteurs passèrent comme un rêve dans la Maisonnette .... Tout avait une fin cependant et était venu le temps pour Mailla de regagner PARIS avec la belle Aimée toujours à ses basques.

Et ce furent des adieux déchirants sur le pas de la porte de la demeure de Sophie décidée à rester encore quelques semaines dans son hâvre de paix. La paix... elle allait bientôt la perdre, celle du coeur, de l'esprit, des sens devant la découverte qui bientôt se ferait jour !

La femme de chambre de Sophie, habituée du désordre laissé par les invités à chacun de leur passage, s'empressa de remettre un peu d'ordre dans les chambres du premier étage quelque peu bousculées par Mailla et Aimée de Coigny. Qu'elle ne sera pas sa surprise de constater que la petite ex-Duchesse y avait laissé son écritoire d'où dépassaient encore quelques missives. Aussitôt elle amena à sa maîtresse le petit meuble que Sophie prit en main. Le parchemin dépassant était par trop tentant à lire mais ce qui l'étonna davantage encore c'est de constater une écriture qu'elle connaissait trop bien, et pour cause, c'était celle de Mailla.

La tentation devint trop vive, elle se devait d'en explorer le contenu. Pauvre Sophie que la curiosité allait plonger dans le désespoir ! Elle était trompée et trompée deux fois puisque l'amant et l'amie étaient de conivence. Elle ne pouvait y croire ! Ses pauvres yeux, qu'elle avait tant fragiles,  baignés de larmes lui faisaient un mal atroce. Sophie de ce jour tomba malade, malade de dépit, de colère, de connaître cette vérité qui petit à petit, insidieuse, s'était infiltré en elle tel un poison violent.

Quelle farce odieuse lui jouait ces deux là ! Alors, passée la honte de s'être faite bernée, passé le chagrin cruel de la perte de l'aimé, passée l'étrange sensation qu'il faut mourir pour renaître mieux et anéantir le mal, elle recopie les lettres qui ont brisé sa vie et les leur envoie, renvoyant ces preuves qui l'ont tuée. Vaillante mais sombre à la fois, elle cherche à leur rendre le mal qu'ils lui ont fait, là sous ses yeux, sous son propre toit.

Après la 17ème lettre d'amour qu'elle a écrit à Mailla, voici celle de l'interrogation. Mais, entre-temps, elle lui a demandé fermement de quitter le 2 rue Matignon où elle le loge gratis depuis tant d'années. Il n'a plus qu'à demander l'hospitalité à Aimée de Coigny à Epinay sur Orge où elle loge encore avec ses amies de Bellegarde.

" le bruit court que tu vas épouser Madame de Coigny, mon tendre ami.. Quoique je ne croye pas, pour le moment, au fondement réel de ce bruit, je ne peux continuer d'accepter une promesse contraire à une chose si naturelle et qui fut ma manière de sentir, me parut toujours si conforme à ton bonheur. Je te rends donc la promesse que tu m'as faite de n'épouser jamais que moi et je rétracte toute celle par laquelle je répondis. Nous ne pouvons d'ailleurs avoir plus longtemps une habitation commune et je te prie d'en choisir une autre à ton retour......"

En effet, de ce moment, Mailla est à Bordeaux pour quelques jours...

mEULAN_VUE_DES_MUREAUX

Vue générale sur Meulan

Cette union, qu'elle pensait indissoluble tant pour elle que pour combler Eliza, va t'elle ainsi s'arrêter par le seul fait d'une passade amoureuse de l'inconstant ? Elle sait Aimée incorrigible séductrice mais comment aurait-elle pu prévoir qu'elle s'en prendrait au seul homme qu'elle aimait elle Sophie !

A son retour, Mailla lui répondit une longue et terrible lettre. Exclu du Tribunat et de la vie publique avec certains des amis de Sophie comme Benjamin Constant, Ginguéné... Mailla que sa parenté avec Joseph Garat lui avait valu une certaine notoriété, n'était pas de taille à soutenir celle-ci malgré la fondation du journal d'opposition intitulé "Le citoyen Français" dont il s'était octroyé une partie de la direction. C'est de Bordeaux qu'il va donc lui écrire la longue lettre de rupture et d'explications que Sophie recevra comme un camouflet !

Plus qu'une explication, cette lettre comporte toute la rancoeur d'un homme assez fat et inconscient, un homme qui ne méritait nullement l'amour sublime de cette femme non moins exceptionnelle car, de tompeur il devient accusateur !

"Vous avez fait justice Sophie pour la faire entière, complette, vous avez eu le droit de fouiller dans une écritoire que vous n'aviez pas celui d'ouvrir, pour y chercher la preuve de conviction de deux coupables, vous avez eu le courage et la force de la copier toute entière cette pièce de la trahison et de la perfidie, comme vous l'appeliez. ........... "

Comment peut-on écrire de tels mots à une femme qui vous a tant aimé, que vous venez de tromper honteusement ! Mailla continuera sa prose par des reproches incessants et sur l'amitié toujours présente que Sophie a eu pour le "grand homme" : Condorcet et sur celui d'avoir voulu façonner Mailla à cette image.

Une lettre interminable, de plusieurs feuillets où tout se mélange, le passé, le présent, l'avenir incertain et l'aveu de l'impuissance à faire disparaître de la pensée de Sophie "son" Condorcet.

".... dans vos bras j'ai été sans cesse poursuivi par l'image de celui qui y remplit une place; vous étiez quelquefois étonnée des accents douloureux qui m'échappaient. Je vous disais que c'étaient ceux du plaisir, c'étaient des cris de désespoir. Vous jugerez de ce que j'ai souffert en vous rappelant que mon âme seule a été la confidente de cette horrible situation. Je veillais sans cesse sur votre réputation pour la sauver des mouvements de ma douleur et des mouvements de votre imprudente activité..."

Et enfin, l'aveu de la faiblesse de la chair pour Aimée de Coigny ! tel un poignard qu'il lui plonge dans le coeur pour mieux la punir.

" si vous me demandez pourquoi j'ai amené Madame de Coigny chez vous puisque j'étais devenu son amant, je vous répondrai sincèrement que c'était parce qu'il m'était devenu impossible de m'en séparer et que je voulais vous épargner la douleur que vous souffririez si je vivais loin de vous.. J'ai été perfide en vous cachant ce nouveau sentiment, comme je l'avais été depuis trois ans, en vous cachant les déchirements auxquels vous aviez condamné mon âme....Si c'est là une perfidie qui doivent guérir votre douleur par le dégoût, je me consolerai encore d'être vu par vous d'un pareil regard (...) je vous laisse le choix des moyens qui doivent amener la rupture à laquelle vous êtes décidée. Je ne me permettrai qu'une réflexion dont vous-même, votre fille et la femme que vous unissez à mon sort seront les objets. Quelle que soit votre douleur, rien ne peut rendre incapable de justice, de générosité et de décence. En séparant votre vie de la mienne, vous y mettrez des ménagements qui épargnent à vous et à votre fille les suites qu'entraîne dans l'opinion une rupture d'éclat, et à Madame de C.... les dangers auxquels l'exposeraient les réflexions qui en naîtraient. Quant à moi, vous pourrez me traiter de la manière qui pourra le plus soulager votre douleur, vous pourrez dire sur moi tout ce que j'ai tu sur vous. Je n'en serai pas moins enchaîné toute la vie au respect de votre caractère par le profond et indestructible sentiment que vous m'avez inspiré. Je n'en suivrai pas moins tous vos jours du désir qu'ils soient heureux et du regret de n'avoir pas pu faire ce bonheur...."

Et c'est encore Sophie qui va s'humilier à répondre, à se traîner aux pieds des deux complices qui viennent de faire son malheur. Après une première missive où elle lui demande de lui rendre ses propres lettres, ses portraits - elle lui en avait dédicacé plus d'un et surtout un très beau nu où, alanguie, elle semblait l'appeler à le rejoindre - Sophie, va soudainement se fâcher devant le refus de Maillia d'accéder à ce désir et, pour cause, c'est une précieuse monnaie d'échange pour qui joue inconsciemment avec la fortune des autres !

Il sait que les lettres de Sophie sont monnayables, les portraits également et il refuse toute transaction. Entre temps, elle a encore reçu de l'inconstant une très longue lettre qui l'a fait changer de ton, et même lui fait reprendre espoir ! Où sont donc passées les bonnes résolutions de notre Sophie, où est son sens critique, ne voit-elle point la situation ambiguë dans laquelle il l'a met ? Ne voit-elle point qu'il se joue de sa faiblesse ? Sophie tombe dans l'irrationnel et elle n'est pas au bout de ses peines.

Vous souhaitez connaître la suite ?? N'oubliez pas mon ouvrage dont référence ci-dessous toujours d'actualité aux Editions CHRISTIAN PARIS 6ème rue Littré.

tous droits réservés (extrait de Sophie de Grouchy Marquise de Condorcet Editions Christian par Madeleine ARNOLD TETARD 2003)

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01 novembre 2009

COMMENTAIRES DANS NOTRE BLOG

Je suis particulièrement désolée de n'avoir pas été mis au fait des commentaires apportés dans ce blog que je découvre seulement aujourd'hui..

Pour répondre à la personne me parlant des peintures de Sophie de CONDORCET,  elles sont toutes de sa propre main - le portrait noir et blanc est une ébauche qu'elle avait faite pour ensuite faire le portrait couleur exécutée à l'âge de 28 ans et dont l'original se trouve dans une collection privée chez les descendants O'CONNOR.

Je remercie tous ceux ayant apporté leurs sympathiques commentaires sur mon travail.

Madeleine ARNOLD TETARD

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